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Kansei, Ingénierie des Arts ou humanisation de la technologie

Publié 31 octobre 2009 par ginettelavigne

C’est un peu par hasard que j’ai découvert sur le Web, en cherchant les nouveautés sur les TI (Technologies de l’Information) et le travail collaboratif, cet engouement pour l’application d’une méthode d’ingénierie japonaise qu’est la création de valeurs Kansei.

 

J’ai dû lire quelques heures avant de trouver assez d’informations pour me faire une idée de ce qu’est l’ingénierie Kansei (prise en compte de l’affect et des émotions dans le design).

 

« L’humanisation de la technologie » consiste à saisir la «, à sa position originelle où elle devrait être technologie » telle quelle,  et à promouvoir le développement en lui-même de cette technologie en se basant sur des normes humaines (Kansei / Design), afin qu’il puisse mieux rendre service au bien-être de l’humanité et de la vie des êtres humains. http://sciencelinks.jp/fr/content/view/756/241/

 

http://docistia.wordpress.com/2008/09/22/nouveautes-techniques-de-lingenieur-5/

3 nouveaux articles dans les volumes Conception et Production des TI ce mois-ci :

 

   1.      Difficulté d’utilisation d’un produit : son évaluation par une approche subjective (Jean-François VAUTIER)

2.      Ingénierie Kansei, ou comment lier affectivité et conception (Pierre LÉVY)

L’intégration de caractéristiques subjectives relatives aux utilisateurs (telles que les émotions ou l’affectivité) est devenue une question majeure et internationale pour le développement de nouvelles techniques de conception de produits. La principale réponse japonaise est l’ingénierie Kansei. Née d’une collaboration active entre les milieux industriels et académiques, cette méthode vise à apporter au concepteur des solutions objectives. Elle a en effet pour but de corréler les impressions de l’utilisateur (émotions, ressenti, affectivité, etc.), appelées « kansei », avec les caractéristiques physiques du produit. Pour cela, elle utilise plusieurs outils (mathématiques et technologiques) qui lui permettent d’atteindre son objectif grâce une série d’étapes successives…
Plus d’infos… (AG2140 / vol. AGC1 / 13 pages)

  3.      Conception d’équipements industriels – Rôle de l’analyse ergonomique du travail dans le retour d’expérience

(Cecilia DE LA GARZA  & Loredana EPIFANI)

 

Il existe plusieurs exemples concrets utilisant cette méthode d’ingénierie affective Kansei :

 

La fabrication de l’automobile Mazda

http://www.microsoft.com/canada/fr/casestudies/mazda.mspx

Mazda, paru le 01 avril 2003

Mazda Canada démarre en trombe grâce à une solution d’entreprise fondée sur les produits Microsoft

Présentation de la société

Lorsque le président de Mazda Canada Inc. a chargé son groupe de travail Web de mener à bien le plus imposant projet Web de toute l’histoire de la société, le groupe a recommandé une solution d’entreprise fondée sur les produits Microsoft pour atteindre les objectifs ambitieux du projet. La gérabilité des logiciels MicrosoftMD a facilité la gestion de ce projet de très grande envergure et a permis de réduire le délai de mise en ouvre. La fiabilité de la plate-forme choisie a fourni aux concessionnaires et aux clients un accès sans faille à l’information. De plus, l’extensibilité inhérente aux logiciels Microsoft a permis de garantir que la solution sera en mesure de répondre aux besoins futurs. En 1968, Mazda Canada Inc. (Mazda), une filiale de Mazda Motor Corporation de Hiroshima, au Japon, a lancé son premier modèle au Canada. La société, qui a établi son siège social à Scarborough et des bureaux régionaux à Montréal et à Vancouver, offre des services de soutien à la vente et de marketing, un service à la clientèle ainsi qu’un centre de distribution de pièces pour appuyer son réseau de 150 concessionnaires franchisés indépendants.  Toutes les activités de Mazda reposent sur la philosophie de l’ingénierie Kansei, qui intègre les opinions, les sentiments et les émotions des acheteurs dans le processus de conception des véhicules. Une fois les automobiles fabriquées, Mazda mise sur la combinaison gagnante que constitue un réseau de concessionnaires branchés et un service aux propriétaires exceptionnel pour continuer à satisfaire les conducteurs canadiens (qui ont été 69 000 à opter pour un véhicule Mazda l’an passé seulement).

 

www.mazda.ca

 

Les produits de beauté et les soins esthétiques

http://www.lvmhrecherchesymposium.com/documents/uploaded/Symposium_cosmetiques_emotions/Resume_conferences_9sept2009_FR.pdf

Fichier PDF de 44 pages (1 123 Ko).

LVMH Recherche Symposium IX

Cosmétiques, Emotions & Image de Soi

22 Septembre 2009

Paris, France

Résumés des Conférences

 

Extraits du document à la page 34:

 

Ingénierie émotionnelle

La dernière décennie a vu un infléchissement du discours sensoriel vers la problématique des émotions. Certaines études très récentes [7] montrent la perplexité des chercheurs face aux incohérences de certaines évaluations sensorielles quand l’émotion est en jeu. Durant la présentation, on balisera le champ de l’ingénierie et du design émotionnels en s’appuyant sur divers modèles, dont celui de Desmet [5], et on examinera quelques exemples de « Kansei Engineering » appliqué à différents matériaux et domaines dont la cosmétique. Enfin, on donnera un aperçu du mode opératoire que nous suivons et des outils que nous utilisons pour traiter ces questions sous l’angle particulier des archétypes et de la similarité. 34

 

Les matériaux, générateurs d’émotions ?

De ce qui précède il découle qu’en matière d’émotion les matériaux peuvent se révéler « sujets » ou « objets » selon qu’ils génèrent des stimuli ou qu’ils sont le miroir de notre paysage mental. Après avoir tenté de définir les relations entre attributs des stimuli et émotions, la présentation envisagera les diverses manières dont les matériaux peuvent affecter les émotions : stimuli activant des mécanismes neurophysiologiques (effets visuels des produits de maquillage qui seront détaillés tout particulièrement, effets tactiles des matériaux texturés mais aussi des cheveux), matériaux vecteurs de médiateurs chimiques (produits dits « neurocosmétiques ») à base de substances naturelles stimulant la production d’endorphines, matériaux support d’activité valorisante (produits à « construire » soi-même selon l’adage anglo-saxon « turn the lemon into lemonade »), matériaux générateurs d’images mentales (produits de vinothérapie), matériaux véhiculant divers types de valeurs (chocolats « à l’or fin », ingrédients d’appellation contrôlée, ingrédients « équitables »), et matériaux générateurs de surprises bonnes ou mauvaises (incohérences sensorielles voulues ou non, perceptions instables ou variables…).

 

 

Il y a même une thèse de doctorat de 244 pages en relation avec ce sujet qu’est l’ingénierie affective:

 

http://pastel.paristech.org/2196/01/MemoireDeThesedeRouvray.pdf

Fichier PDF de 244 pages (4 040 Ko).

École doctorale n° 432 : Sciences des Métiers de l’Ingénieur

T H È S E par Alexandre de ROUVRAY

Le 22 décembre 2006

INTEGRATION DES PREFERENCES EMOTIONNELLES ET SENSORIELLES DANS LA CONCEPTION DE PRODUITS D’AMEUBLEMENT : PROPOSITION D’UNE METHODE D’INGENIERIE AFFECTIVE

 

 

http://graduateschool.paristech.org/these.php?id=1956

Intitulé de la thèse : Intégration des préférences émotionnelles et sensorielles dans la conception de produits d’ameublement: proposition d’une méthode d’ingénierie affective


Résumé : Notre recherche s’inscrit dans le cadre de l’innovation anthropocentrée. Après avoir souligné les limites des approches existantes centrées sur l’ergonomie et l’usage, nous insistons sur la nécessité de prendre en compte les facteurs de plaisir du consommateur, en d’autres termes la réaction affective du consommateur au produit. Nous présentons le rôle respectif des cinq modalités sensorielles dans la perception du produit, avant de définir les composantes de la réaction affective du consommateur. Nous posons finalement la question suivante: comment prendre en compte la réaction affective des consommateurs dans le processus de conception de produits ? Nous inscrivons notre recherche dans le cadre de l’ingénierie affective, ensemble de méthodes dont l’objectif est d’établir des relations entre la perception subjective des consommateurs et les attributs concrets d’un produit industriel. Nous présentons un état de l’art critique des méthodes d’ingénierie affective existantes: l’ingénierie Kansei, les approches émotionnelles, les approches sémantiques, l’évaluation sensorielle. Nous postulons que toute approche d’ingénierie affective se doit de prendre en compte trois types de données: les attributs concrets du produit, les valeurs des consommateurs, la réaction affective des consommateurs. Notre problématique est la suivante: comment concevoir une méthode d’ingénierie affective, abordable en terme de coût de mise en oeuvre par les entreprises de l’ameublement, et permettant de mettre en évidence les attributs concrets critiques de l’espace produit ? Nous proposons un modèle permettant d’expliciter l’influence des attributs concrets critiques sur la perception du consommateur. La méthode que nous proposons est centrée sur deux épreuves successives: la catégorisation libre et le classement hédonique. Nous formulons trois hypothèses: la catégorisation libre et le classement hédonique permettent de mettre en évidence les attributs concrets critiques, les valeurs associées, et la réaction affective du consommateur

 

Extraits de la thèse, à la page 74:

 

Qu’est-ce que le Kansei?

 

3.4.1. Qu’est-ce que le Kansei ?

Le terme Kansei est difficilement traduisible en français dans la mesure où il correspond à un concept intimement lié à la culture japonaise (Schütte, 2005). Selon Nagamachi (2001), le Kansei est l’impression subjective qu’un individu a d’un produit, d’un environnement ou d’une situation, au travers de ses sens. Le terme « impression subjective » fait référence à l’ensemble des composantes de la perception humaine : la sensibilité, la signification, la sensation, les sentiments, l’esthétique, l’émotion, l’affectif, et l’intuition (Lee et al., 2002) – ainsi ce n’est pas la sensation brute, mais également son impact émotionnel, hédonique et sa signification, bref l’ensemble de ce que nous désignons par la réaction affective.

 

3.4.2. Le principe de l’ingénierie Kansei

L’ingénierie Kansei est une méthode permettant de formaliser les besoins affectifs du consommateur et de construire des modèles de prédiction mathématique expliquant comment ces besoins affectifs sont corrélés à des attributs concrets du produit (Schütte, 2005). Nagamachi (2001) distingue six différents types d’ingénierie Kansei57, différant entre eux par le niveau d’intégration des outils informatiques (c’est à dire les bases de données de mots Kansei et de représentations d’attributs concrets), la sophistication des modèles de prédiction mathématique utilisés ou encore le recours à des outils de réalité virtuelle.

 

L’ingénierie Kansei peut être utilisée dans deux directions (Nagamachi 1995, 2002) (figure20) :

– Prenant comme point de départ le désir du consommateur, exprimé par un profil affectif, l’ingénierie Kansei permet de générer des produits correspondant à un tel profil.

– Prenant comme point de départ un produit (ou un prototype), l’ingénierie Kansei permet de générer le profil affectif du produit.

 

3.4.3. Bilan sur l’ingénierie Kansei

L’ingénierie Kansei est une illustration de la mise en oeuvre d’une approche d’ingénierie affective, combinant les trois types de tâches que nous avons énoncées comme étant constitutives de ce type d’approche :

– la caractérisation des attributs concrets de l’espace produit

– la caractérisation des valeurs du consommateur

– la mesure de la réponse affective du consommateur

 

Soulignons cependant les lacunes de cette approche par rapport à notre problématique :

 

3.4.3.1. Une démarche lourde et complexe

L’ingénierie Kansei est une méthode dont l’apprentissage est long est complexe, et qui nécessite la mise en oeuvre de moyens considérables (traitement statistique des données, mise au point de modèles de prédiction mathématique, utilisation de bases de données, etc.) au cours d’une période de temps significative.

 

3.4.3.1.1. Générer les bases de données de mots Kansei et de produits

Il existe beaucoup de questions de confidentialité autour de l’ingénierie Kansei, les entreprises préservant jalousement les « mots Kansei », c’est à dire la liste des descripteurs émotionnels et sémantiques à même de caractériser la réponse affective des consommateurs. Ainsi toute entreprise désirant mettre en oeuvre une démarche d’ingénierie Kansei doit s’attendre à un long travail préparatoire :

– Générer les descripteurs sémantiques et émotionnels appropriés à l’espace produit (ou aux espaces produits) dans lequel l’entreprise inscrit son offre.

– Construire et enrichir progressivement des bases de données de produits, sous la forme de produits réels, de photos ou d’images de synthèse.

 

Une des grandes forces de l’ingénierie Kansei est ainsi la capitalisation sur le long terme : en effet, en enregistrant dans des bases de données les relations observées entre attributs concrets du produit et réponse affective du sujet, on peut développer un outil informatique permettant de générer, à partir des formes d’un produit, les émotions qu’elles sont susceptibles de provoquer, et inversement.

 

3.4.3.1.2. Incompatibilité culturelle

Nous avons souligné la difficulté d’une traduction du mot Kansei dans une langue occidentale. Ceci met en lumière un frein majeur à l’appropriation de l’ingénierie Kansei par les entreprises occidentales : l’opacité culturelle de la méthode. Ainsi Schütte (2005) souligne que les ingénieurs ont du mal à comprendre le concept de Kansei, le considérant comme ambigu et contraire à la raison.

 

3.4.3.2. Une définition arbitraire des attributs concrets du produit les plus pertinents

Comme l’ensemble des approches d’ingénierie affective que nous avons recensées, l’ingénierie Kansei n’offre pas de solution pour identifier les « attributs concrets critiques » de l’espace produit. Alors que la recherche des mots Kansei et la définition du Kansei idéal sont des tâches appuyées par des modèles théoriques solides (telles que la technique de Différentiel Sémantique d’Osgood (Osgood et Suci, 1969)), la recherche des attributs concrets du produit les plus pertinents et ayant le plus d’influence sur la réponse affective du consommateur est, quant à elle, dénuée de tout encadrement théorique (Schütte, 2005).

 

Ainsi le choix des attributs concrets à faire varier est fait de façon intuitive ou selon l’expertise du concepteur. Or la sélection et l’identification des attributs concrets du produit est une étape essentielle de l’ingénierie Kansei (Nagasawa, 2002b). En l’absence d’une démarche systématique d’identification des attributs concrets, Schütte (2005) souligne qu’en pratique ceux-ci sont imposés par l’entreprise partenaire de l’étude ou même sélectionnés au hasard ! Dans l’essentiel des cas, la sélection des attributs concrets du produit est faite en fonction de considérations pratiques, notamment la possibilité de trouver des produits existants possédant les attributs concrets en question (Kanda, 2002).

 

Ainsi il n’est pas possible de garantir que les attributs concrets sélectionnés sont réellement pertinents par rapport à la perception du consommateur. Schütte (2005) souligne qu’il est nécessaire de pouvoir hiérarchiser les attributs concrets du produit en fonction de leur incidence sur la perception du consommateur – malheureusement il n’existe pas de méthode appropriée à cette tâche. Schütte (2005) propose de sélectionner les attributs concrets du produit à étudier par un processus structuré en trois étapes, s’inspirant du processus de sélection des mots Kansei 61. Mais cette démarche reste à valider, et semble coûteuse, complexe et longue à mettre en oeuvre.

 

Autres liens :

http://www.affordance.eu/#/liens/3086448

Design et créativité

Voir la vidéo : Démonstration de la REACTABLE, interface tangible de création musicale